Le Sens du Randori


Dans les arts martiaux, le Randori a le devoir d’exercer les techniques et les principes étudiés dans le Kihon et dans les Kata dans un milieu libre ou partiellement libre. Le Randori joue un rôle principal dans l’étude, mais la plupart des pratiquants et des instructeurs le voit uniquement comme une forme de sparring similaire à une compétition. Écoutons l’opinion de Hiroo Mochizuki sensei sur le sujet

par ADRIANO AMARI

Ce chapitre est extrait de ” L’Héritier – Entretien avec Hiroo Mochizuki

[Adriano Amari] « Dans les arts martiaux, le Randori a le devoir d’exercer les techniques et les principes étudiés dans le Kihon et dans les Kata dans un milieu libre ou partiellement libre. Le Randori joue un rôle principal dans l’étude, mais la plupart des pratiquants et des instructeurs le voit uniquement comme une forme de sparring similaire à une compétition. Ainsi la technique est réduite en largeur et profondeur. Quelle est la vrai et originale idée didactique du Randori dans le Yōseikan Budō et comment l’école veut la mettre en pratique? »

[Hiroo Mochizuki] « Le Yōseikan Budō applique le Randori dès le début des études, avant la compétition, et la raison de ce choix vient de très loin: le maître Kanō a créé le système de Randori à l’intérieur du Jūdō. À l’époque du Jū Jutsu il y avait des répétitions techniques avec le partenaire, une forme de Kata Kumite. Dans le Randori, par contre, tous les deux attaquent et défendent; il y a des attaques et des contre-attaques et contre-contre-attaques, il y a beaucoup de liberté d’esprit et recherche d’idées. Quand il y a trop de difficultés et par conséquent des problèmes, chacun va réfléchir sur la situation. En tous les cas, ce n’est une chose qui bouge de haut vers le bas, chacun agit pour aller de plus en plus loin. C’est donc une forme d’ouverture de l’esprit de l’homme: une chose très importante, puisque l’être humain est arrivé à ce haut niveau grâce à l’évolution.

L’Héritier
Entretien avec Hiroo Mochizuki

Les Dialogues Aïki #1
par Adriano Amari, Hiroo Mochizuki, Michihito Mochizuki

Hiroo Mochizuki est l’héritier d’une famille de samouraïs.
Créateur du Yoseikan Budo, il est un expert de renommée mondiale dans les arts martiaux japonais.
Fils du célèbre maître Minoru Mochizuki, considéré comme un trésor national japonais, élève direct de Jigoro Kano et de Morihei Ueshiba, et successeur d’une lignée de samouraïs, Hiroo Mochizuki s’est inspiré de l’esprit de combat de ses ancêtres pour créer le Yoseikan Budo.
Il a adapté la philosophie, la pédagogie et la pratique traditionnelle des arts martiaux à un nouvel environnement moderne, ainsi qu’aux techniques de combat contemporaines.
Hiroo Mochizuki a pratiqué les arts martiaux mixtes avant que les gens ne sachent ce qu’était le MMA. Il possède l’un des records les plus impressionnants du monde des arts martiaux.

Contenu : Introduction. Le Lien fort avec le Kobudō Kenkyukai. Le Rapport entre le Yōseikan et Morihei Ueshiba. L’Expèrience à Iwama. Le Rôle de l’Aiki dans le Yōseikan Budō. Éléments de la Formation et Résultats de l’Apprentissage. La Valeur Éducative dans les Arts Martiaux. L’Épée est le “Sel” des Arts Martiaux. “On Peut Arriver de Partout pour Atteindre le Centre”. Le Yōseikan Budō Doit Aller Outre la Théorie. Lire les Kata. Partager le Savoir. Le Sens du Randori. Enseignement à Distance et 90ème Anniversaire. Biographie de Hiroo Mochizuki Sensei.

« Je vais vous raconter un épisode arrivé à mon père: quand il pratiquait Jūdō et Kobudō Kenkyukai il faisait beaucoup de Randori. Il participait aussi à beaucoup de compétitions et ce jour-là il a fait deux compétitions importantes, une auprès de la Nihon University et l’autre dans la Meiji University. Il a gagné la compétition à la Nihon University, il a pris la médaille, puis il s’est rendu à la Meiji et il a gagné aussi cette compétition-là.

« Mais il avait tout à fait oublié que ce jour-là, l’après-midi, il avait aussi un rendez-vous très important avec le maître Kanō: il aurait dû lui présenter un compte-rendu sur ses études au Kobudō Kenkyukai. Le maître Kanō était une personne qui respectait quiconque, et tout en étant un grand maître, avec un haut rang sociale et bien plus vieux que mon père, il s’était bien habillé pour avoir cette conversation avec mon père et parler de ses expériences. Il avait la tenue officielle, avec Hakama, Kimono et Haori, très formelle, comme le costume qu’on porte pour les rendez-vous importants en Europe.

Le jeune Minoru Mochizuki en bas à droite, Kano sensei en haut à gauche

« Il était en train d’attendre mon père, qui avait oublié le rendez-vous, et il était très tard quand enfin mon père est arrivé en courant. Le Maître aurait pu s’en aller ou ne pas le recevoir, mais il était là, qui attendait. Mon père s’est présenté, et a commencé par s’excuser, en expliquant qu’il avait participé à ces compétitions et qu’il avait oublié le rendez-vous. De toute façon il avait remporté deux médailles.
« Parlant ainsi, il espérait que peut-être le maître Kanō aurait pu en être heureux, et qu’il lui aurait dit que tout allait bien. Il ne s’attendait pas le contraire. Le maître Kanō s’est mis en colère et il a dit: ‘Tu sais ce que veut dire compétition? Compétition est Shiai! Tu pratiques le Randori et faisant ça tu as étudié et trouvé comment faire nombreuses techniques comme mieux tu préfères. Puis tu dois contrôler s’ils marchent vraiment ou non et pour le savoir il y a les compétitions. C’est pour ça qu’elles s’appellent Shiai [試合 – Essaie Ensemble], elles servent pour comprendre ce qui marche et ce qui ne marche pas. Mais toi, tu n’as rien compris si les techniques marchent ou non, puisque tu as eu besoin de faire deux compétitions pour t’en rendre compte’.

Jigoro Kano

« Il ne lui a pas dit que c’était idiot, mais presque. Il lui a dit d’y réfléchir.

« Ainsi mon père a bien compris la différence entre Shiai et Randori.

« Le Randori est une partie très importante de la recherche, mais il faut le Shiai pour vérifier si on a trouvé quelque chose de nouveau qui marche: en essayant. C’est ça le Shiai, ce n’est pas une recherche de médailles. »

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