Uka (Haru) Onoda, la Sculptrice d’Aïkido

“Le jour où il sera possible de parcourir l’entière histoire de l’Aikido en Italie, un chapitre sera sans doute consacré à Haru Onoda, pionnière de l’Aikido dans notre Pays, depuis les temps où l’existence de cet Art était connue chez peu de amateurs d’arts martiaux et de choses japonaises” [1]. Avec ces mots prophétiques, Giovanni Granone, pilier de l’Aikido national pour plus de trois décennies, décrivait en 1973 l’importance du rôle joué par la jeune Onoda en Italie dans ses dix ans de permanence et travail en Italie

par SIMONE CHIERCHINI

Uka Onoda (小野田宇花), ), mieux connue en Italie comme Haru, ou On-chan, comme l’appelaient ses amis [2], naquit à Tokyo en 1929; elle est donc contemporaine de deux importants personnages avec lesquels s’entrelace son parcours italien, c’est-à-dire Hiroshi Tada et Danilo Chierchini. Fille d’un industriel très connu [3] – le père était le directeur d’une usine d’électronique qui avait reçu une décoration de l’empereur pour ses inventions [4] – déjà très jeune, Onoda montra de vouloir suivre un parcours caractérisé par l’exploration des arts, et le situation économique de sa famille le permit.  

Uka Onoda se consacra à l’étude de la sculpture dans la Tokyo Academy of Arts (東京藝術大学, Tōkyō Geijutsu Daigaku) [1], en obtenant sa licence en 1952 et la spécialisation en 1955 [2]. 

Uka Onoda pratiquant en plein air à Iwama sous le regard attentif du fondateur Morihei Ueshiba. Uke paraît-il Kazuo Chiba

Plus ou moins, à la même époque, elle avait commencé à pratiquer Aikido auprès de l’Aikikai Hombu Dojo di Tokyo [1] [5] [6], même si nous n’avons pas encore l’exacte chronologie. Onoda pratiqua à l’Hombu Dojo pendant plusieurs années, comme en témoignent sa familiarité avec le fondateur Morihei Ueshiba et avec son fils Kisshomaru, avec lequel elle resta en contact par correspondance, une fois partie du Japon. De plus, on la voit en premier plan dans une photo prise à Iwama, alors qu’elle pratique sous le regard du fondateur, et cela montre qu’elle suivait Morihei même hors de l’Hombu Dojo. Finalement, l’Aikido n’était pas pour elle un simple loisir juvénile, cela se voit par la passion qu’elle y mit pour le diffuser en Italie et par l’impact puissant que cette discipline eut sur sa vision de la vie et sur sa production artistique suivante. 
Cela est ultérieurement confirmé par le fait que lors de ces études auprès de l’Aikikai Hombu Dojo, Onoda fut désignée Shodan [1] [5] [6] et sa présence dans le dojo fut tout sauf anonyme, puisqu’elle arriva à recouvrir la fonction de secrétaire personnelle de O’Sensei [1] [5]. 

Ueshiba sensei qui va commencer le keiko. Onoda, Saito et Chiba sont parmi les élèves en seiza

L’activité de sculptrice de Uka Onoda fut marquée par un début très positif déjà au Japon. En 1951, avant encore d’obtenir son diplôme, son travail fut inclus dans “Salon du Printemps”, une exposition d’art organisée par l’Ambassade de la Belgique à Tokyo, où elle reçut le deuxième prix [2] [7]. En 1953 elle participa à l’exposition annuelle installée par la Shin-Seisaku (新制作協会, “Association pour la Nouvel Art”) à Tokyo [7]. Cette organisation s’était formée en 1936, au moment où le climat social au Japon se déplaçait vers un vif national-militarisme. La Shin-Seisaku par contre avait ramené une série d’artistes qui s’inspiraient à la liberté et à la pureté de l’inspiration artistique, en réaction au monde contemporain de l’art officiel et progouvernemental [8]. 

En 1955 Haru Onoda gagna une bourse de l’Accademia di Belle Arti di Rome (Académie des Beaux-Arts de Rome) [9] et se déplaça en Italie pour perfectionner ses études en sculpture [10]. Son mentor fut Pericle Fazzini [1] [3], dont elle fréquenta aussi son atelier personnel Via Margutta [3]. Pericle Fazzini est censé être l’un des plus grands représentants de la sculpture italienne des années 1900 et il est connu surtout pour ses œuvres monumentales, tel que le Monumento alla Resistenza (Monument à la Résistance) à Ancône (1956) et La Resurrezione (1972-1977) (La Résurrection) qui domina la Sala Nervi au Vatican [11].

Les activités artistiques de Onoda en Italie remportèrent tout de suite un succès remarquable et son lien artistique avec Fazzini devint très étroit, comme l’on voit dans une lettre autographe de 1982, dans laquelle le grand sculpteur décrit sa rapport avec Uka: “Onoda Uka a été ma première élève japonaise qui a fréquenté mon École de Sculpture, les premières années quand je vins de Florence à Rome pour enseigner à l’Académie. Tout cela remonte loin dans le passé. Onoda a contribué aussi à plusieurs de mes sculptures, en travaillant dans mon atelier de Via Margutta. À l’époque, elle était si douée que je la fis inviter à des expositions nationales italiennes y comprise la Biennale Internationale de Venise. J’ai eu l’occasion de voir ses dernières œuvres et je dois dire sincèrement qu’elle ne m’a pas nullement déçu, au contraire j’ai remarqué que sa sculpture a grandi énormément, au point de maîtriser parfaitement le mouvement dans le sens dynamique et harmonique de la forme” (…) [12]. Dans les années 58-59, en fait, la sculptrice participa avec ses œuvres à la Biennale de Venise – Sections pour les Élèves Étrangers Résidents en Italie (1958), au Prix Avezzano (1958 et 1959) et à la Rassegna d’Arti Figurative (Festival d’Arts Figuratifs) de Rome et du Latium (1959) [1] [7]. 

Le professeur Salvatore Mergè

Tout en étant une artiste, Uka Onoda était aussi une aikidoka passionnée et après s’être transférée à Rome elle désirait continuer à pratiquer Aikido: quelle situation elle trouva à son arrivée en Italie? 

À partir de 1947, le polyédrique et mystérieux Salvatore Mergè, ésotériste, orientaliste, peintre et diplomatique, il avait donné des cours particuliers occasionnels de l’art de Ueshiba, à cette époque tout à fait inconnue, à peu de personnes sélectionnées dans la ville de Rome [13]. Pendant sa permanence à Tokyo comme attaché culturel à l’Ambassade d’Italie, Mergè fut le premier homme occidental à être accepté comme sotodeshi dans le Kobukan Dojo de Morihei Ueshiba à Ushigome, (1937-1943). Probablement Mergè fut aussi le premier à enseigner Aikido hors du Japon [13].  

Cependant, Mergè ne fut jamais un artiste martial comme on l’entend aujourd’hui, et certainement pas il fut ou il se présenta comme Maître de Budo. L’Aikido l’intéressait surtout comme moyen pour enrichir et compléter son propre développement personnel et initiatique d’ésotériste [13]. Même s’il aimait raconter en public des histoires sur l’Aikido et sur Ueshiba, il ne cherchait pas des élèves, au contraire il éloignait plutôt ceux qui souvent s’approchaient de lui pour en apprendre l’art [13]. 

Vu les intérêts communs, à son arrivé en Italie Onoda était entrée en contact avec Mergè, qui était, à l’époque, professeur de japonais à l’ISMEO (Institut Italien pour le Moyen et Extrême Orient) [13]. À partir de là, le professeur Mergè commença à envoyer les éventuels élèves de Aikido vers Onoda [13], comme le témoigne Stefano Serpieri – Serpieri, qui étudiait la langue japonaise avec Mergè à l’ISMEO, serait devenu, plus tard, un enseignant au premier rang de l’Aikikai d’Italie: “Un jour nous tous, étudiants des cours de langue japonaise, nous fûmes invités dans l’Ambassade du Japon pour une conférence sur la culture de ce Pays. En cette occasion le prof. Mergè me présenta une fille japonaise qui se trouvait en Italie pour étudier l’art, mieux encore la sculpture, dans l’atelier de Pericle Fazzini. En nous présentant, il dit que la jeune fille aussi étudiait Aikido, et que moi, j’étais un étudiant de langue japonaise très intéressé à cet art martial.

Uka Onoda en action à Salerne – uke Jean Zin (1958)

La jeune fille s’appelait Haru Onoda. Je ne voulus pas rater l’occasion et je parvins à convaincre la Mademoiselle Onoda, à l’époque shodan de Aikido, à m’apprendre quelques rudiments de cet art. On s’entraînait dans une salle de gymnase près de via Veneto, hôtes du Maître de judo Ken Otani, qui dans ce dojo entraînait l’équipe nationale italienne de judo. Malheureusement, Je pus avoir juste peu de cours sur ce nouvel art martial, l’Aikido, puisque la Mademoiselle Onoda était toujours très occupée avec l’étude de la sculpture. Pendant les courts moments où on se rencontraient, je me faisait raconter de ses rapports avec le Maître Ueshiba: elle m’avait dit qu’elle avait était sa secrétaire. Une fois elle me raconta que le Maître Ueshiba, sachant qu’elle se rendait au dojo en traversant un passage à niveau non gardé, lui avait dit de ne pas faire ce chemin car il était dangereux et d’en prendre un autre. Mais elle, tout en ayant rassuré le Maître, fit le même parcours, qui était le plus court. Alors le Maître, dès qu’elle arriva au dojo, la réprimanda parce qu’elle avait désobéi et elle s’étonna du fait que le Maître savait qu’elle était passée par la rue déconseillée ” [5].

L’histoire de Serpieri semble confirmer le fait que Onoda était bien connue et appréciée par Morihei Ueshiba, et cela se voit aussi clairement dans la célèbre interview de 1957 dans laquelle Kisshomaru Ueshiba, en faisant allusion aux plus récents développements internationaux de l’Aikido, dit textuellement: “Il y a aussi une dame, Onoda Haru, qui s’est entraînée avec nous pendant plusieurs années. Puis elle est partie pour l’Italie pour devenir une artiste. Il y a quelques jours, j’ai reçu une lettre de Rome, où elle dit d’être très heureuse puisqu’elle a rencontré un italien qui pratiquait Aikido avec qui elle peut s’entraîner [Mergé? ou peut-être le même Serpieri?]” [10].

Des sources en langue italienne racontent une autre histoire intéressante qui dessinerait en plein le lien de familiarité et affection entre Morihei et Onoda. En 1961 Ueshiba fit son premier voyage à l’étranger de l’après-guerre; il se rendit aux Hawaii, où prononça ce célèbre discours: “Je suis venu aux Hawaii pour bâtir un “pont d’argent”. Jusque-là je suis resté au Japon, à bâtir un “pont d’or” pour réunir le Japon, mais dorénavant je souhaite bâtir un pont qui porte les différents pays du monde à s’unir à travers l’harmonie et l’amour contenus dans l’Aikido. Je pense que l’Aiki, en dehors des arts martiaux, puisse unir les peuples du monde en harmonie, selon le vrai esprit du budo, en enveloppant le monde dans un amour immutable” [14]. En effet, Morihei n’aurait pas fait d’autres voyages, même si, il paraît qu’il aurait voulu aller en Italie. Il aurait même alerté ses collaborateurs, en leur expliquant qu’il souhaitait partir pour rendre visite à Haru Onoda qui à l’époque vivait à Rome [15] [16] [17] [18]. Il faut dire – pour l’instant – que je n’ai pas trouvé aucune preuve de cela dans les sources internationales.

À la minute 1’32 Haru Onoda montre quelques techniques aves uke Makiko Nakakura, la fille de l’Ambassadeur japonais de l’époque

Grâce aux efforts de Attilio Infranzi, plus ou moins dans la même période, un nouveau centre d’intérêt s’était formé envers l’Aikido dans les alentours de Salerne et Cava de’ Tirreni. Infranzi, un pionnier du sport et du Budo en Italie, avait été un des premiers treize judokas italiens à recevoir le shodan en Judo en 1953 [20]. Avec l’arrivée en France de Tadashi Abe, le premier shihan envoyé dall’Aikikai Hombu Dojo en Europe (1952), Infranzi avait commencé à s’intéresser à l’Aikido: grâce à Jean Zin, ex-judoka qui suivait Tadashi Abe, en juin de 1954 fit arriver Abe à Salerne [20]. Abe organisa un atelier d’été international de la durée de 15 jours dans le Budo Club Salerno, en revenant pour le diriger chaque été jusqu’en 1959 [20]. La fondation de la Federazione Europea di Aikibudo (Fédération Européenne de Aikibudo) fut issue des ces activités, et Attilio Infranzi en fut le premier Président, après avoir reçu le shodan de la main de Tadashi Abe à Cava de’ Tirreni en 1958 [20].

Jean Zin, Tadashi Abe et Uka Onoda à Salerne, été 1958

Tenant compte de ses engagements artistiques, Onoda se prodiguait pour présenter et diffuser par tous les moyens l’Aikido en Italie, inclus des voyages de pratique et enseignement. Elle participa donc aussi aux activités qui se déroulaient à Cava autour à Infranzi, et nous savons qu’il fréquenta le séminaire d’été dirigé par Tadashi Abe à Salerne en 1958; nous avons des précieuses images de cette expérience. 
En 1961 Uka Onoda obtint sa licence de l’Accademia Nazionale di Belle Arti di Rome. Entretemps, grâce à conseils éclairés de Pericle Fazzini, la carrière de sculptrice de Onoda avait pris son envol. L’artiste brilla avec ses œuvres fortement originales fondées sur l’Aikido en action, où ressortait une importante fusion d’énergie, mouvements et harmonie. Onoda les exposa dans nombreuses expositions personnelles et collectives en Italie et à l’étranger:

⦁ 1961 – Exposition Nationale des Étudiants Italienne parrainée par le Vatican. Elle remporte le premier prix, consigné personnellement par Pape Jean XXIII
⦁ 1962-64 – Exposition Figurative Internationale de Tokyo
⦁ 1963 – Exposition Personnelle à Rome
⦁ 1964 – Exposition Personnelle à Zurich
⦁ 1965 – Exposition Collective d’artistes japonais en Europe
⦁ 1965-68 – Exposition Itinérante “27 Artistes de l’Italie” dans les universités et galeries d’art du monde entier
⦁ 1967 – Exposition Personnelle à Rome
⦁ 1968 – Exposition pour la Femme à Rome. Elle remporte le premier prix du Ministère des Affaires Étrangers 
⦁ 1968 – Exposition Personnelle à Turin 
⦁ 1968 – Elle reçoit le premier prix au Concours International de l’UNESCO
⦁ 1969 – Elle reçoit le premier prix au Concours International Gallery Attico
⦁ 1969 – Invitée à exposer à l’Exposition d’Échange Italo-Allemand de Colonia [2]

Voici quelques critiques du monde artistique sur son travail: “Haru Onoda ne capture pas les scènes individuelles comme un appareil photo, fixant un mouvement. Dans ses statues, le corps humain, non seulement, n’est pas célébré comme la plus belle expression du monde physique, mais il a l’effet d’une roue, constamment en mouvement, qui roule hors d’elle-même” [3]. 

“Dans l’art de Haru Onoda nous remarquons un incisif “problème de l’espace”, mais nous voulons aussi remarquer (peut-être in primis) ce mouvement qui agrémente chacune de ses œuvres. Un mouvement qui lui permet des sujets stylisés représentant formes dans la difficile art plastique de l’Aikido, en évolutions acrobatiques, dansantes” [21].

Toujours dans cette phase, Uka Onoda entrelaça aussi un rapport de collaboration avec un de ses plus célèbre compatriote, le peintre Luca Hasegawa (1897-1967), à ce temps-là résident en Italie. Hasegawa, comme Onoda, était un diplomé à la Tokyo Academy of Arts (1921); il avait reçu du Vatican la commission pour une série de fresques dans l’Église des Saints Martyrs du Japon de Civitavecchia, qu’il avait réalisé entre 1951 et 1957, en partageant la vie du couvent, en même temps.

Esquisse préparatoire de la fresque de S. Firmina, réalisé par Luca Hasegawa et co-signé par Pericle Fazzini et Uka Onoda

Dans un des fresques peints dans l’abside, Hasegawa rendit hommage à Santa Fermina, la sainte patronne de Civitavecchia: il en reste une esquisse préparatoire de l’œuvre co-signé par Pericle Fazzini et son élève Uka Onoda. 

En revenant à l’Aikido, les entraînements romains sur le tatami du Kodokan Judo Club, dont parlent Serpieri ci-dessus, furent irréguliers et parsemés de nombreuses interruptions, car, Onoda, gagna une bourse d’étude et partit pour l’Amérique du Sud pour une période indéfinie [5]. À sa rentrée, elle reprit de même à voyager suivant ses engagements professionnels. 

Entretemps, sur le tatami du Kodokan de Rome, Onoda avait rencontré pour la première fois l’équipe nationale de Judo Danilo Chierchini, élève de Ken Otani, mentionné ci-dessus. Chierchini, qui avait découvert l’Aikido grâce à un documentaire sur Morihei Ueshiba diffusé à l’époque par la RAI, décrit de cette façon une démonstration d’Aikido donné par Onoda au Kodokan: “(…) J’ai été impressionné par un magnifique reportage télévisé centré sur le Maître Ueshiba, j’avais vu une exibition un peu moins… impressionnante de Mademoiselle Onoda” [22]. À l’époque, Chierchini, qui était en pleine carrière dans les compétitions de Judo, ne s’entraîna pas avec Serpieri lors des entraînements de Aikido avec Onoda. 

Néanmoins, leurs routes, se croisèrent de nouveau quelques années après, quand en 1964 à Chierchini – qui entretemps avait ouvert son dojo personnel, la S.S. Monopoli Judo – fut proposé d’accueillir un jeune maître de Aikido, Motokage Kawamukai [9]. Kawamukai, 18 ans à peine, à l’époque, venait d’arriver à Rome de New York. À New York, avec Oscar Ratti et Adele Westbrook, il avait supporté Yasuo Ohara pour faire démarrer les cours au New York Aikikai [9].

Le 18 febbraio 1964, le cours de Aikido de Kawamukai démarra dans le dojo de Chierchini, avec une leçon où participèrent Carla Simoncini, Artemisia Maccari, Elvio Maccari, et Chierchini même [9]. Le cours attira ex praticants de Judo, et bien vite se joignirent Stefano Serpieri et Haru Onoda, rentrée définitivement en Italie. Contrairement à ce qui affirment nombreux sites web italiens, Onoda ne dirigea jamais les cours dans la S.S. Monopoli, même si elle était souvent sur le à pratiquer [9].

Comment était Onoda sur le tatami? C’est Carla Simoncini qui nous le raconte, puisque en 1964 elle était là: “Un soir au dojo Monopoli il y eut une surprise inattendu: le maître Kawamukai nous présenta une petite japonaise qui aurait pris part à la leçon. Il n’y eurent pas d’autres explications; nous étions peu de personnes sur le tatami parce que le cours venait de démarrer et nos connaissances étaient au minimum. Nous élèves, nous étions fascinés par la façon d’enseigner de Kawamukai, à l’époque à peine 18 ans; nous le suivions dans la mesure du possible, aussi parce que c’était une personne simple, disponible et communicative. Quand la leçon commença, je remarquai immédiatement que Mademoiselle Onoda n’exécutait pas les mouvements comme le Maître venait de montrer. Ses mouvements étaient comme le vent qui souffle gentiment et le contact était léger et jamais porté jusqu’à la fin. Quand elle tombait, elle le faisait de façon particulière, en se recroquevillant sur elle-même. Les participations de Mademoiselle Onoda dans le dojo, n’étaient pas constantes; rarement elle pratiquer avec les hommes, donc souvent, elle me cherchait pour s’entraîner avec moi. Kawamukai nous suivait et corrigeait souvent nos erreurs, néanmoins, je ne l’ai jamais vu la corriger. On aurait dit qu’il n’y avait pas beaucoup d’affinité et probablement elle aurait voulu que notre Aikido soit plus proche du sien, et peut-être pouvoir participer à l’enseignement” [25].

C’était aussi l’opinion de Danilo Chierchini, peut-être Onoda aurait souhaité prendre part à l’enseignement et cela aurait été un point de discorde avec Kawamukai, donc la conséquence fut que au fil du temps Onoda espaça et puis interrompit ses visites au dojo [9]. Mais c’est plus probable, que cela se produisit, à cause de ses engagements de plus en plus croissants dans le monde de la sculpture.

Assis en seiza: Danilo Chierchini, Haru Onoda, Hirokazu Kobayashi, Tommaso Betti-Berutto (et Motokage Kawamukai, même si ajouté avec un photomontage artisanal)

Nous avons dit avant que durant sa permanence en Italie Onoda était en correspondance épistolaire avec l’Aikikai Hombu Dojo de Tokyo. Même si nous avons pas des confirmations certes d’ultérieurs échanges épistolaires, sauf ce dit par Kisshomaru Ueshiba dans l’interview de 1957, nous pouvons présumer que les échanges continuaient et que Onoda tenait l’Hombu au courant de ce qui arrivait dans le monde de l’Aikido italien, à l’époque en pleine évolution. Éventuelles informations fournies par Onoda, la recommandation de Hirokazu Kobayashi (dans l’été 1964 il avait dirigé une leçon organisée à Rome par Tommaso Betti-Berutto et Danilo Chierchini dans la S.S. Monopoli Judo [9] [22]), aplanirent surement la voie à l’arrivée de Hiroshi Tada: dans l’automne 1964 le duo Chierchini-Kawamukai demanda officiellement à l’Aikikai Hombu Dojo l’envoi d’un shihan Aikikai en Italie [19] [22]. Comme le souligne à juste titre Paolo Bottoni dans un de ses articles historiques sur l’Aikikai d’Italie, “nous ne devons donc pas nous étonner si le Maître Tada a accepté de se transférer en Italie “à l’aveugle” ” [125].

En seiza, avec l’hakama: Artemisia Maccari, Haru Onoda, Elvio Maccari, Hiroshi Tada. Debout, deuxième à partir de gauche: Stefano Serpieri (1965)

Une fois arrivé à Rome, Hiroshi Tada, s’installa dans le dojo de Chierchini, en prenant la direction des cours, et se lança avec énergie infatigable dans l’entreprise de ramener autour de lui toutes les initiatives qui étaient nées auparavant grâce à Mergé, Infranzi, Onoda, Chierchini et Serpieri. Tada gagna son pari et l’Aikido se répandit en Italie.

Les rapports entre Onoda et Tada étaient fondés sur le respect mutuel, même s’il est évident que le charme charismatique du shihan finit par éclipser celui de l’artiste (similaire à celui de Kawamukai). En outre, Onoda, consacra de plus en plus d’énergies à la sculpture par rapport à la pratique. Cela dit, nous la voyons quand même dans plusieurs photos de groupe avec le Maître Tada, pour témoigner les bons rapports interpersonnels. Une de ces photos fait référence à la mémorable sesshin zen dirigé par Taisen Deshimaru dans le Dojo Centrale de Rome en 1967, qui est probablement la première sesshin de Deshimaru en Europe [23]. Deshimaru Roshi venait d’arriver en Italie du Japon, et après peu, il se serait déplacé en France; il avait voyagé en avion avec Hiroshi Tada, dirigé cette sesshin et puis dormi dans le Dojo Centrale de Rome [23]. 

Au centre, en seiza: Taisen Deshimaru, Hiroshi Tada, Gianni Cesaratto, Placido Procesi. Debout, en keikogi et hakama, Haru Onoda et Stefano Serpieri – Dojo Centrale de Rome, 1967

Quelle était la vision de l’Aikido de Uka Onoda? Son expérience avec Morihei Ueshiba l’avait influencé à tel point à réorienter sa carrière artistique de façon quasi définitive?

Nous pouvons en avoir une certaine idée, lisant ce que Onoda même a déclaré au quotidien de Turin Stampa Sera dans une courte interview concédée le 22 Septembre 1968: “Je ne fais Aikido pour me défendre, mais pour ma santé et pour trouver un équilibre entre esprit et corps. On ne pense pas à une cible. Chaque geste c’est comme s’il suivait une onde tournante, le mouvement même du cosmos, l’orbite d’une particule atomique. Moi, je suis là, détendue, dans un grand espace. L’énergie arrive à moi de loin et moi, je la seconde.

Coupure de l’article sur Onoda de Stampa Sera, 22/09/1968

C’est une manière de me purifier, de me concentrer, de repousser ce qui me gênait. (…) Beaucoup de gens se croient forts pour leurs bras et leurs muscles, mais il ne savent pas que la force est ici, dans le barycentre et dans les jambes.” (…) “Non seulement la matière est importante, mais aussi l’espace externe. Le mouvement ne finit pas avec le corps, il continue dans l’air. C’est le cœur qui bat, c’est un tourbillon. Auparavant je pensais à une forme fermée et limitée, plu maintenant. (…) Je fais Aikido en pensant à la sculpture, je sculpte en pensant à l’Aikido“. [4] 

Onoda, qui à cette occasion se trouvait à Turin pour suivre sa propre exposition personnelle à la Galleria Viotti, comme elle faisait souvent pendant sa permanence en Italie, avait saisi l’occasion pour pratiquer et elle était hôte du dojo de Aikido de Toshio Nemoto, rue Filadelfia. Ce soir-là Claudio Pipitone, pionnier de l’Aikido à Turin, était présent et il se rappelle d’avoir été le uke de Haru Onoda lors d’une courte démonstration. Claudio se rappelle que l’Aikido de Onoda était très délicat, et que lui – à l’époque jeune et fort étudiant d’ingénierie – avait fait de son mieux pour la suivre et s’harmoniser avec sa façon particulière de bouger. À cette démonstration aurait assisté même le peintre japonais Horiki Katsutomi [24].
En 1969 Onoda décida de rentrer au Japon, et dès ce moment, on perd ses traces de sa participation active dans le monde de l’Aikido, même si l’Aiki reste une de ses sources principales d’inspiration artistique.

Elle continua avec succès son parcours dans le monde de la sculpture jusqu’à un âge avancé, en participant à nombreuses expositions et en remportant plusieurs prix qui identifient son talent:

⦁ 1979-2004 – Elle expose chaque année à la “Hotoke no Zoukei Exhibition”
⦁ 1982 – Exposition Personnelle à la Gallery Universe, Ginza, Tokyo
⦁ 1997-1999 – Prix du Premier Ministre de l’Exposition d’Art Future
⦁ 2000 – Membre du Jury de l’Exposition d’Art Future (puis retirée)
⦁ 2000 – Prix Bramante au Festival d’Art Principato di Montefeltro, Urbino, Italie
⦁ 2001 – Prix Lautrec au Festival Franco-japonais 
⦁ 2005 – Prix Michelle Bukie au Festival Internationale d’Art de Monaco 
⦁ 2005 – Prix Japan Elite Art Honor [2]

La meilleur présentation de la pensée de l’artiste, devenue âgée, c’est Onoda même qui nous l’offre, dans un article introductif à son exposition personnelle à la Gallerie Universe de Tokyo (1982): “Durant le séjour en Italie j’ai exprimé, à travers le mouvement de l’Aikido le thème du mouvement combiné: l’utilisation de l’environnement autour de nous et de la force centrifuge qui s’élargie dans l’espace. Je venais de rentrer au Japon et un mouvement est né librement, à l’intérieur de mes créations, un mouvement qui vit grâce à une force apparemment petite.

Parfois, il devient une Tennin [天人, lett. “Heaven Person”] qui se précipite à l’intérieur de la lumière de la compassion sans limites de Buddha, parfois il devient une danse indienne exécutée dans le but de s’abriter dans la divinité. Tout en étant un sujet assez lointain, dans la recherche d’un mouvement enchaîne, j’ai l’impression de sculpter la vitalité de l’espace blanc dans les dessins à l’aquarelle. Ma prière est celle de purifier mon cœur avec chaque œuvre que je crée” [12].

Sa dernière visite en Italie remonte au début des années 1980, quand On-chan revint à Rome et visita le Dojo Centrale en une sorte de parcours de la mémoire [15]. Aujourd’hui Onoda a 91 ans; malheureusement nous ne savons pas où elle est et nous n’avons pas de nouvelles sur ce qu’elle a fait ces dernières années, mais nous mettrons à jour ce texte dès que nous réussirons à en avoir.

Copyright Simone Chierchini ©2020
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Nos remerciements vont à Patricia Bafumi et Simone Di Pietro pour avoir réalisé cette traduction. Nous remercions aussi Carlo Cocorullo pour l’aide dans les recherches en langue japonaise

Notes

[1] Granone Giovanni, Haru Onoda, Aikido II-1, Aikikai d’Italia, 1973

[2] (-), Onoda 宇 花 – Exhibition of sculpture and drawing, Galleria Namiki, 2010 http://awa.rgr.jp/wiki.cgi?page=No272%2F%A3%D7%A3%E5%A3%E2%C8%C7%2F09 Consulté le 14/10/2020

[3] Mathys Frank, Motion Captured: Haru Onoda’s Sculpture, Olympic Review Vol. 257, March 1989

[4] Gagliano Ernesto, (…) Ha il Polso Proibito, Stampa Sera, 22-09-1968 http://www.endogenesi.it/files/Onoda.pdf Consulté le 07/10/2020

[5] Serpieri Stefano, Come Iniziai l’Aikido, Aikido XXXII-1, Aikikai d’Italia, 2001 https://www.aikikai.it/index.php/aiki-media/riviste/product/62-aikido-xxxii Consulté le 18/07/2020

[6] Pipitone Claudio, Diffusione dell’Aikido in Italia – Periodo precedente al 1964, Endogenesi, (-) https://www.endogenesi.it/primadel1964.html Consulté le 10/10/2020

[7] (-), Exhibition Catalog “Thirty Artists from Italy at the Renaissance Society at the University of Chicago”, 1966  http://dev.renaissancesociety.org/media/files/ThirtyArtistsItaly.pdf Consulté le 05/10/2020

[8] (-), 新制作協会, Wikipedia, (-) https://ja.wikipedia.org/wiki/%E6%96%B0%E5%88%B6%E4%BD%9C%E5%8D%94%E4%BC%9A Consulté le 04/10/2020

[9] Chierchini Simone, The Great Old Man – Interview with Danilo Chierchini, Aikido Italia Network, 2012 https://simonechierchini.com/2020/08/11/the-great-old-man-interview-with-danilo-chierchini/ Consulté le

[10] (-), L’Intervista a Morihei Ueshiba del 1957, Aikido Italia Network, 1957 https://simonechierchini.com/2011/10/24/intervista-a-morihei-ueshiba-del-1957/ Consulté le 08/10/2020

[11] (-), Pericle Fazzini, Wikipedia, (-) https://it.wikipedia.org/wiki/Pericle_Fazzini Consulté le 07/10/2020

[12] (-), Uka Onoda, Collection of Sculpture Photos, (-) http://awa.rgr.jp/img/No157onodauka/index.html Consulté le 09/10/2020

[13] Chierchini Simone, Salvatore Mergé, The First Westerner Student of Morihei Ueshiba, Aikido Italia Network, 2020 https://simonechierchini.com/2020/07/27/salvatore-merge-the-first-westerner-student-of-morihei-ueshiba/ Consulté le 09/10/2020

[14] (-) The History of Aikido in Hawaii, Aikido Hawaii, (-) https://www.aikidohawaii.org/aikido_history.html Consulté le 12/10/2020

[15] Bottoni Paolo, Biografie: L’Aikikai d’Italia, Aikido XXXVI, Aikikai d’Italia, 2005

[16] (-), Biografia del Maestro Morihei Ueshiba, Aikido Ponte, (-) http://www.aikidoponte.it/ueshiba.html Consulté le 12/10/2020

[17] Bottoni Paolo, Attilio Infranzi; un Maestro a cui Ogni Praticante di Aikido Deve Molto, Musubi, (-) https://www.musubi.it/it/artimarziali/aikido/maestri/11-infranzi.html Consulté le 09/10/2020

[18] (-), Motokage Kawamukai, Quaderni d’Oriente VI N. 18, 1995 https://www.jiku.it/motokage-kawamukai-sensei/ Consulté le 07/10/2020

[19] Chierchini Simone, The Initiator – Interview with Motokage Kawamukai, Aikido Italia Network, 2020 https://simonechierchini.com/2020/10/19/the-initiator-interview-with-motokage-kawamukai/ Consulté le 19/10/2020

[20] (-), Aikido a Cava de’ Tirreni, Kendokan Budo Cava, (-) https://sites.google.com/site/kendokancava/discipline/aikido/aikido-a-cava-de-tirreni Consulté le 06/10/2020

[21] Prete T. Aurelio, Haru Onoda, Spirito del Giappone II-2, Aikikai d’Italia, 1972

[22] Chierchini Danilo, Come Cominciò, Aikido IX-1, Aikikai d’Italia, 1980 https://simonechierchini.com/2011/03/21/come-comincio/ Consulté le 13/10/2020

[23] Bottoni Paolo, Facebook post (20/05/2017) https://www.facebook.com/photo?fbid=10213232441673497&set=a.10213204561176502 Consulté le 06/10/2020

[24] Conversation privée avec Claudio Pipitone (13/10/2020)

[25] Conversation privée avec Carla Simoncini (14/10/2020)


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